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Témoignages de pratiques ancestrales
Témoignages de pratiques ancestrales
RITUELS DE LA TRAITE AU PARC

Arrivé au parc je lâchais les veaux qui appelaient tout de suite leur mère. J attachais ma selle à un seul pied avec un harnais en cuir, je vérifiais que ma corne à sel était bien pleine. Assis sur la selle, le seau à portée de main, j’attendais l’arrivée des laitières.
Chaque vache attend, dans le calme, près du parc. Elles ont l’habitude. Un veau était lâché. Il filait sous sa mère et avalait goulûment les premières gorgées de lait. Le plaisir était bref : le temps de goûter les quatre mamelles pour amorcer la traite. Rapidement, j’entourais son cou avec une corde tout en le repoussant jusqu’à la jambe avant de sa mère. Il était lié ainsi pendant la durée de la traite. Je mettais une poignée de sel sur le dos du jeune animal ce qui calmait la vache rouge qui récupérait cette friandise et la savourait.
Bien campé sur ma selle, le seau en fer blanc coincé entre mes jambes la traite pouvait commencer. Mes doigts serraient et tiraient les mamelles opposées. Le lait chaud et odorant giclait au fond du seau. Quand trois mamelles étaient vides, je tirais sur la corde pour libérer le veau qui se précipitait vers le pis pour se régaler goulûment. Le lait recueilli était alors vidé dans la gerle. Une toile fine, tendue avec quatre épingles à linge sur l’ouverture servait de filtre. L’opération était recommencée pour chaque vache… »
Marcel, vacher sur l’estive de la montagne des Fortuniers (Vèze 1949)

« Je me levais à 3 heures du matin pour la traite jusqu’à huit heures, période de travail suivie d’une sieste. Après le repas de midi, le lait était transformé en fromage selon les techniques anciennes. Vers 15H30, reprenait la deuxième traite quotidienne et cela jusqu’à 19H. .
André Jarry, valet au buron de la montagne de Ciment (Vèze 1950)

« On graissait les pis des vaches, matin et soir pour éviter qu’elle ne se blesse. Il ne fallait surtout pas oublier de le faire. Le produit était vendu à la quincaillerie d’Allanche. Quand une vache avait une mammite, on avait la chance d’avoir notre vacher qui avait un don pour faire passer le mal.
Le pâtre arrivait avec les veaux qui dormaient dans le védélat. Parfois c’était dans le brouillard, il s’est plusieurs fois perdu. Après la traite, nous avions une petite fierté, celle de fermer les gerles avant les autres burons des autres montagnes. Le premier qui tapait les deux gerles en même temps, on savait alors que la traite était terminée chez le voisin. Le son porte très loin sur les estives… »
Jean Louis Papon, aide-vacher au buron de Courbière-Haut (Pradiers 1961)