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L’exploitation des estives (1850-2010)
CEZALLIER

1850 : âge d’or de la grande ferme de type cantalienne (élevage de la Salers, pratique de l’estive, fabrication du fromage au buron), mais l’activité pastorale n’évolue guère.
La mise en valeur des Estives est toujours caractérisée par l’emprise terrienne des grands propriétaires bourgeois et par le succès de la montagne fromagère. Indispensable, l’estive joue un rôle d’appoint. Elle s’inscrit dans un genre de vie séculaire, l’Estive permettant de récolter davantage de fourrage en bas dans les vallées. Il n’est pas concevable qu’un élevage important soit dépourvu d’une « Montagne ». Cet âge d’or perdurera un bon siècle.

1860 : l’administration forestière couronne le Mont Cézallier (Signal du Luguet) de pins sylvestre

1890  : Des outillages nouveaux diffusés par la Société d’agriculture du Cantal font leur apparition dans nos montagnes du Cézallier et vont transformer le travail fromager dans les burons : presse à tome, moulin à briser la tome, pressoir à fourme en fer.

1920  : Les troupeaux du bassin d’Aurillac arrivent en gare d’Allanche et de Landeyrat dans une ambiance de Far West par la ligne de chemin de fer Neussargues-Bort-les-Orgues, gérée par la Compagnie Paris-Orléans. Une partie de la transhumance s’effectue désormais par voie ferrée à partir de la gare d’Aurillac et apporte de grands changements : rationalité et rapidité des convoyages des vacheries, moins de fatigue pour les animaux qui rejoignent les herbages du Cézallier en une demi-journée. A leur arrivée au buron, les laitières étaient capables de fournir la même quantité de lait que le matin de leur départ du domaine.

1940 : La Préfecture du Cantal institue un marché officiel de la production des fourmes afin de contrôler la collecte et le négoce (26). Trois marchés sont institués dans le Cézallier ; Allanche, Marcenat, Montgreleix. A partir de 1941, la production de Cantal est obligatoirement portée au marché et il est interdit aux grossistes d’acheter directement aux paysans.

1948 : il y a encore un millier de burons en activité dans le Cantal, plusieurs sur le versant oriental du Cézallier non loin de la Sianne et de ses affluents.

1950  : disparition progressive des vieux genres de vie montagnarde et mise en place d’une nouvelle économie des « montagnes ». C’est la crise de la production, les burons commencent à disparaître et la montagne à lait n’est plus aussi prospère.
En quelques années, la montagne volcanique connaît l’abandon pratiquement complet de la traite à l’estive, élément moteur jusque là de l’économie pastorale.
On assiste à la remise en cause d’ordre technique et économique des grands domaines pour lesquels le fromage de montagne représentait près de 60% des recettes. La production du fromage au buron ne compense plus le coût de l’estive.

1954 : surproduction de fourmes laitières et fermières, accentuée par des fabrications extérieures au département du Cantal. Le territoire d’origine de fabrication du fromage de Cantal n’étant pas délimité juridiquement.

1955
  : début d’une période de fermeture massive des burons. Le recrutement est de plus en plus difficile à cause de l’exode rural, des conditions précaires de la vie à l’estive et de la rémunération trop faible d’une main d’œuvre pourtant qualifiée. Les propriétaires investissent peu dans le confort des burons. Peu d’hommes désormais acceptent de travailler 18 heures par jour et l’isolement durant 140 jours.

Rendue inévitable par la conjoncture économique et encouragée par les instances agricoles, la disparition du système pastoral ancien s’accélère. La mise en valeur des espaces d’altitude d’Auvergne semble condamnée face aux mutations de l’élevage et aux nouveaux systèmes de production. C’est la déprise.

1956 : la fourme du Cantal bénéficie d’une Appellation d’Origine Contrôlée (AOC), mais la mévente continue à s’accentuer.

Années 60 : La reconquête des pâturages d’altitude est de nouveau à l’ordre du jour grâce à l’élargissement du marché des animaux maigres de 8-9 mois vers l’Italie et surtout grâce à la politique de soutien à la production de la viande bovine mise en place par l’Etat. Dès lors, on assiste au commencement d’un profond bouleversement des productions de l’élevage sur les Estives du Cézallier, de plus en plus collectifs les pâturages mêlent des troupeaux de diverses provenances.
La substitution de la montagne d’élevage à la montagne fromagère prive définitivement l’Estive de toute production spécifique. Les Estives reprennent un rôle prépondérant en s’appuyant sur de nouveaux systèmes d’élevage, mais le relâchement des liens unissant l’Estive au reste du territoire agricole environnant devient irréversible.

1963 : création de la Coopérative cantalienne de transhumance (COPTASA) qui regroupe 1126 hectares sur Pradiers et ses environs avec comme centre technique le buron de Paillassère-Bas qui domine les sources de la Sianne.

1968 : La SNCF ferme la ligne du Far West qui déverse chaque année à Allanche et Landeyrat des milliers d’aninaux pour l’estive. La transhumance s’impose alors par camion vers le lieu d’estivage. La création de pistes qui desservent les montagnes autour du Mont Cézallier (Signal du Luguet) notamment, permettent aux estives de garder une certaine valeur.

1971 : la dimension moyenne des propriétés privées dans le Cézallier est de 38 hectares, ce qui correspond encore fidèlement à la superficie autrefois nécessaire au séjour d’une vacherie d’une cinquantaine de vaches laitières et la fabrication de la fourme du Cantal au buron.

1975 : Les montagnes du Cézallier oriental sont dorénavant parcourues par les génisses et les bêtes à viande dans le cadre d’une exploitation intensive. L’homme est devenu absent de la montagne. Il n’assure plus le gardiennage ni la conduite des troupeaux. Cette nouvelle situation exige des aménagements et des accès aux montagnes, des équipements nouveaux et l’entretien des pâturages par la pose de clôtures, la fertilisation, le contrôle du ravitaillement en eau du bétail et la surveillance centralisée des animaux mis à l’estive.

1980
 : L’exploitation des Estives provient de plus en plus des régions voisines comme l’Aubrac et l’Aveyron. Cette irruption d’ampleur considérable redynamise les montagnes du Cézallier.

1984  : l’instauration de quota laitier pour réduire les surplus en Europe a pour conséquence de donner le coup de grâce à l’activité pastorale, à ses burons et à la fourme d’Estive.

1990 : la transhumance provenant hors du Cantal représente près de la moitié du bétail estivé dans les Monts-d’Auvergne.

1991 : la commune de Pradiers connaît une augmentation spectaculaire de la population bovine durant l’été (+ 420%).

2000 : Les burons et les maisons de bergers, témoignages de l’ancien genre de vie pastorale ne sont pas réinvestis de nouvelles fonctions. La plupart tombent en ruine, notamment sur le versant oriental du Cézallier après avoir perdu, vendu pour certains d’entre-eux, les ardoises ou les lauzes couvrant les bâtiments.
Les possibilités de restauration sont réduites, l’utilisation et la reconversion des burons en gîtes se heurte d’abord à leur accès et à leur isolement, puis à leur rentabilité.

2010  : la première exposition de restitution sur l’ancien genre de vie, l’activité fromagère et le patrimoine bâti sur les estives proches du Mont Cézallier est créée à Vèze (Cantal) par l’Association Cézallier vallée de la Sianne.


Sources : Site internet de l’Association Cézallier vallée de la Sianne