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Les montagnes d’estive en perpétuelle évolution
Les montagnes d’estive en perpétuelle évolution
A TRAVERS LES SIECLES

Au fil du temps, les modes de propriétés et d’exploitation de la montagne cantalienne ont évolué considérablement. Les archives montrent que l’emprise de l’homme sur la montagne est très ancienne. Un dossier publié par le quotidien La Montagne en 1984, a tenté de montrer par quels cheminements cette évolution s’est faite depuis la période médiévale. Extraits.

Si l’époque gallo-romaine a négligé les terres montagnardes, l’époque mérovingienne, mais surtout durant la période carolingienne, le peuplement a progressivement pénétré les hauts massifs volcaniques du Cantal.

A compter du 13ème siècle, le mot « montagne » commence à apparaitre avec un sens voisin de celui que nous lui donnons depuis l’époque moderne. Possédées par les seigneurs, ces montagnes distinctes des autres pâturages étaient concédées aux habitants de la seigneurie, sans possibilité d’appropriation individuelle. Elles pouvaient être louées à des étrangers à la seigneurie.

Dans cette économie montagnarde, le voisinage de la forêt était bénéfique en tant que refuge pour les bestiaux. La plupart des troupeaux venaient des vallées proches, mais on relevait des mouvements plus lointains depuis le Rouergue et le Quercy vers la Haute-Auvergne.

A partir du 14ème siècle, les montagnes vont être concédées à titre individuelle à un ou plusieurs locataires comme le feront par exemple les moines d’Aubazines pour le plateau du Limon, lorsqu’ils abandonneront la grange des Graules.

Jusque là, affaires des seigneurs et des paysans, les montagnes commencèrent dès le 15ème siècle à devenir propriété des marchands et des bourgeois qui, par des achats répétés, ont créé des domaines importants. Toutefois, la propriété nobiliaire restera primordiale. Un état de 1750 répartit les possessions des montagnes individuelles comme suit : 45% aux nobles, 29% aux bourgeois, 24% aux paysans et 2% au clergé.

A côté des exploitations individuelles, la tenue des estives communes continuaient à exister en grand nombre. Par exemple, les habitants des Chazes à Saint-Jacques-des-Blats étaient les occupants collectifs de la montagne du Griou. Le maintien de cette pratique s’expliquait par les inégalités de qualité entre les différentes parties de pâtures, la nécessité de disposer de points d’eau, l’économie en personnel, etc. Les ayants droit se répartissaient le terrain selon des règles strictes et ceux qui n’avaient point suffisamment de bêtes en prenait en location comme cela se fait encore.

Intérêt grandissant pour les pâturages d’altitude

Quel que soit la forme d’exploitation, les herbes d’altitude apparaissent déjà à cette époque de plus en plus comme l’indispensable complément des fermes des basses terres. On calculait la superficie des montagnes en « têtes d’herbages », chacune représentant un peu plus d’un hectare. Au début du 18ème siècle, on évaluait la superficie totale des estives à 20 000 « têtes d’herbages ». Il convenait d’y ajouter le volume bien plus considérable des montagnes collectives.

Le 19ème siècle sera celui des approbations individuelles avec le partage des communaux, la vente des biens nationaux, les usurpations de propriété par transformation des droits d’usage. L’exode rural entraînant une diminution de la pression humaine facilita ces transformations.

Alors qu’au 18ème siècle, la plupart des montagnes étaient de l’ordre de vingt à trente « têtes d’herbages » à côté de quelques estives plus importantes, au XXème siècle leur surface ira croissant.

L’enquête de référence effectuée en 1964-1965, indiquait que 82 communes du Cantal possèdaient des montagnes sur leur territoire représentant 40 000 hectares soit le cinquième du territoire de ces communes. Leur surface variait entre quatre hectares et 237 hectares avec seulement 28 unités avec moins de 10 hectares et 38 au-dessus de 100 hectares. Elles se situaient pour la plupart entre 1000 et 1500 mètres d’altitude.

Une étude des années 80 des services de statistique agricole a étendu la notion d’estive à 77 000 hectares y ajoutant 10 000 hectares qualifiés de « mal utilisés ou de sous-utilisé ». Cette superficie était divisée en 2000 unités, soit 40 hectares en moyenne. Pour 65% il s’agissait de montagne en propriété individuelle, 3% en propriété syndicale, 30% en biens sectionnaires et communaux, la survivance des anciennes montagnes collectives et enfin, 4% en divers, notamment en propriété coopérative.

Pour le mode d’exploitation des superficies, on trouvait précise l’enquête 23% en faire-valoir direct, 43% en location, 8% en droit d’usage (les biens sectionnaires), 2% en disposition gratuite et enfin, 24% associant le faire-valoir direct et la location.

Extrait de La Montagne, de JL Salat, 19 mai 1984