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Le projet hommage aux buronniers
Le projet hommage aux buronniers
GRAND PROJET

Dans le cadre de sa démarche globale de sauvegarde des burons du Cantal, de l’activité des estives et de la vie des buronniers, l’association a décidé en 2008 de rendre hommage à ces milliers d’hommes qui ont fait d’un métier rude une activité économique importante dans le Cantal. Une oeuvre en cours de réalisation sera implantée àPailherols commune située dans le Carladès, sur les Monts du Cantal à 1000mètres d’altitude, un territoire traditionnellement consacré à l’estive, territoire de la vache rouge Salers, l’animal emblématique des pâturages du Cantal.

Donner du sens à un projet de mémoire

L’association pour la sauvegarde des burons du Cantal souhaitait depuis longtemps mettre à l’honneur les buronniers qui ont fait la richesse de l’exploitation des estives et maître d’œuvre d’une économie pastorale aujourd’hui disparue. Une solide réflexion a démarré en 2008 pour trouver la bonne idée à la hauteur de l’ambition de l’association.

Parler de ces Cantaliens est devenu pour l’association aussi important que la sauvegarde des bâtiments emblématiques que sont les burons pour lesquels elle ne ménage pas ses efforts depuis plus de trente ans.

Cette « mise à l’honneur » des buronniers a fait l’objet d’une réflexion approfondie du Conseil d’Administration et de l’Assemblée Générale qui a été lancé en 2008 . Il ne s’agissait pas pour l’association de mettre en œuvre une folklorisation » de la vie des buronniers et de leur activité, mais de faire acte de mémoire.

Le Conseil d’Administration a souhaité que cette mémoire soit manifestée par une œuvre originale, contemporaine, « une œuvre porteuse de charge émotionnelle en lien avec le paysage d’estive ». Le CA ne souhaitait pas que cette intervention artistique se limite à l’implantation d’une « sculpture-monument », mais que l’œuvre marque le contexte géographique, architectural et social de l’économie pastorale. Une exigence pas facile à concrétiser dans un lieu d’implantation symbole à trouver.

Le choix de l’artiste Camille Henrot

Après réflexion du Conseil d’Administration et du Comité de pilotage pour trouver l’œuvre contemporaine la plus significative d’hommage aux buronniers, trois artistes ont été contactés sur les conseils de la DRAC-Auvergne : Michel François artiste belge, Giuseppe Penone artitse italien et Camille Henrot jeunes artiste française.

A la sollicitation Michel François et Giusepe Penone se sont montrés très intéressés par le projet, mais ne pouvaient donner suite étant mobilisés par d’autres créations artistiques. Camille Henrot répondra positivement aux premières sollicitations des commanditaires en janvier 2010, le thème de la montagne trouvant chez elle une résonance particulière : « C’est avec beaucoup d’enthousiasme que je reçois votre proposition écrivait-elle. Il se trouve que la mythologie de la montagne est un de mes centres d’intérêts depuis longtemps. Bien que n’ayant pas d’attache dans le Cantal le projet résonne avec des souvenirs très chers de mes étés d’enfance en alpage à garder les vaches dans un endroit qui était plutôt isolé.. »

En accord avec le Comité de pilotage le Conseil d’administration décide en xxx de confier l’œuvre d’hommage aux buronniers à cette jeune artiste née en 1978, formée à l’école supérieure des arts décoratifs de Paris et qui vit entre la capitale française et New-York.

Très présente sur la scène internationale (ainsi en 2014, elle expose à la Chisenhalle Gallery de Londres, à la Kunsthal Charlotte de Copenhague, au Westfälischer Kunstverein de Münster à Berlin) elle développe depuis dix ans une œuvre foisonnante qui lui a valu en juin 2013 le Lion d’argent de la Biennale de Venise pour son film Grosse fatigue.

Dans ses œuvres, ses films et installations elle explore des notions diverses comme les croyances, les mythologies universelles, la cartographie, l’altérité. Mais estime la DRAC-Auvergne, quelque soit son médium mis en œuvre, ce qui préoccupe Camille Henrot reste « l’autre et l’ailleurs », les rapports à la mémoire, à la trace, aux mythes, tant dans leurs survivances mentales que dans les résonances contemporaines. Une orientation et une sensibilité intéressante pour le projet hommage aux buronniers a estimé le Conseil d’Administration de l’association pour la sauvegarde des burons du Cantal.

Depuis son choix comme artiste du projet, Camille Henrot a réalisé plusieurs séjours dans le Cantal pour s’immerger dans l’histoire des buronniers et a participé à une montée à l’estive en juin 2012. Depuis que le lieu d’implantation de l’œuvre a été choisi, le cahier des charges et les éléments de diagnostic précisés, Camille Henrot a pu nourrir l’élaboration de sa proposition et la proposer au Comité de pilotage, à l’association et à la commune d’accueil de l’œuvre.

L’œuvre : des claies-sculptures

L’œuvre hommage aux buronniers sera résolument contemporaine et inédite dans les montagnes d’Auvergne. Une trentaine de sculptures dispersées, dessinées à partir de la « claie ou barrière traditionnelle utilisée par les vachers, seront implantées dans le paysage et inviteront à parcourir la montagne.

L’artiste Camille Henrot explique le sens de son œuvre : « Mon projet de sculptures dispersées s’inspire de la forme des claies et de fait du concept de barrière objet universel du paysage agricole, tout en conservant l’idée qu’une limite peut se déplacer.

Le parc, puisque clôturé devient un espace restreint dans un espace sans limite… Cette démarche qui pourrait être envisagée comme une forme d’intervention archétypale de l’homme à l’égard de la nature, définir ce qui est à lui, tend à dire autre chose : elle décale l’idée de barrière (ce qui sépare) vers l’idée, en apparence opposée, du réseau (ce qui relie).

Elle décale l’idée de propriété, vers ce qui précède ce concept, c’est-à-dire le nomadisme, vers l’idée d’une barrière en constant déplacement en migration. Le berger incarne cette idée qui rejoint des valeurs universelles de l’origine de l’humanité (2012, extrait)

La claie devient un signe, un alphabet, rythmé comme un langage morse qui déplace d’une montagne à l’autre. L’artiste fait également référence au Yi King et à ses trigrammes, signes d’états de passage changeant.

Le parc mobile de claies, l’étable d’été sur les estives

Le parc mobile était réalisé à l’aide des claies en bois dur de 2,50m de long par 1,30m de hauteur. Mises bout à bout elles formaient l’enclos suffisamment stable pour retenir la poussée des animaux. C’était en fait l’étable de plein air utilisée pendant les deux traites quotidiennes et durant la nuit. Si pendant la journée le berger surveillait le troupeau sur les pâturages, l’aiguade, le soir pour la traite et durant la nuit, les vaches laitières étaient rassemblées dans cette structure légère indissociable des activités fromagères des burons.

Quadrilatère, ce parc lié au troupeau de chaque buron composé de claies mobiles était quotidiennement déplacées sur trois côtés afin de fertiliser progressivement un grand espace de la montagne. Cette pratique ancestrale s’appelait la fumade.

Caractéristiques des claies-sculptures

-Matériaux utilisés : métal peint en blanc, peinture cuite au four

-Réalisation Art Project, Millery, selon les plans fournis par l’artiste

-Moulage d’objet en métal

-Dimensions des claies-sculptures : hauteur, entre 1,60m et 3,20m ; largeur entre 2,50m et 5,10m

Un parcours qui fait entrer dans la mémoire du pastoralisme cantalien

Le parcours sur lequel seront installées les claies-sculptures empruntent un chemin balisé et inscrit depuis plusieurs années au PDIPR qui part du village de Pailherols et qui menait autrefois aux « montagnes » sur les estives.

Onze claies-sculptures rythment le chemin jusqu’à un oint haut dominant l’ensemble des estives où vingt-cinq autres claies-sculptures s’étendent et de dispersent

Au point de départ de l’estive, une installation reprenant les formes des objets familiers du buronnier donne au public les codes de lecture de l’œuvre. Des explications indispensables notamment pour le public non auvergnat n’ayant pas de connaissance sur le pastoralisme de montagne, les burons et les buronniers